09 octobre, 2011

Cerf-volant

Je vois ceux qui m'entourent comme des cerf-volants.
Il y en a de toutes les couleurs, même noir ou gris ou encore avec des dessins, changeant selon l'humeur du soleil.  J'en vois des grands et des petits, de toutes les formes, avec ou sans queue et à toutes les hauteurs dans le ciel. Ils s'agitent au gré des vents; ils volent en fait avec la brise ou contre la tempête, majestueux ou fébriles, fendant les nuages ou zigzaguant sans cesse. Parfois ils se rapprochent en une belle perspective toute en hauteur ou bien côtes à côtes dans un ballet synchronisé par les ondulations de l'air. D'autres se cognent, s'emmèlent la queue, se déchirent la toile et se brisent les bambous dans un bruit sec et des grincements. Comme si le vent les mettait à l'épreuve.
Ce que je vois aussi, c'est que pour chacun d'eux il y a un fil qui descend vers le sol. Et que chaque fil est tenu des deux mains par un enfant. L'enfant danse avec son cerf-volant. Il ressent dans ses reins, son plexus, ses cuisses et jusqu'au bout de ses doigts les évolutions de son oiseau de papier. Il tente de le guider, de le faire prendre la meilleure ascendance. Il doit parfois s'arc-bouter, serrer très fort, tirer pour ne pas le laisser emporter, s'enraciner. Ce n'est pas facile de se battre contre les éléments et lorsque des cerf-volants s'accrochent les enfants doivent faire preuve de beaucoup d'habileté pour les dégager sans trop les abimer. L'enfant sait qu'un jour il devra le lâcher, que le fil cassera. C'est une loi immuable et naturelle. Son cerf-volant montera d'un coup au travers les nuages et disparaitra. Alors comme tous les autres enfants de la prairie il en reconstruira un autre, différent mais avec l'expérience d'un vol de plus. L'enfant est l'âme du cerf-volant.
À chaque cerf-volant je cherche à remonter le fil pour voir le visage de son enfant. À chaque fois je découvre qu'il a le même sourire que celui qui tient mon fil.
Alors, je vole.
Frédéric-Kim